Conférence commémorative Spry 2001
Résumé
Prof. Monroe E. Price (Programme
in Comparative Media Law and Policy, New York et Oxford)
« Voyages
dans lespace médiatique. Médias globaux et contrôles nationaux : repenser le
rôle de lÉtat »
VOYAGES DANS L'ESPACE MÉDIATIQUE DANS L'ESPACE MÉDIATIQUE
MÉDIAS GLOBAUX ET CONTRÔLES NATIONAUX : REPENSER LE RÔLE DE L'ÉTAT
Monroe E. Price
Quels pouvoirs possèdent les États pour contrôler les images qui, de partout, envahissent leur territoire ? Alors quil semble que la liberté de recevoir et démettre des idées fait fi de toutes barrières, il serait naïf de croire que linformation se balade réellement sans la moindre restriction. Un renouvellement du pouvoir de lÉtat et des changements aux modes dautorité sont certes plus envisageables quune dissociation pure et simple de lÉtat. À une panoplie defforts pour trouver diverses nouvelles techniques de régulation du marché du discours, saccompagne le retranchement dattributs dune autonomie étatique passée. Plusieurs éléments sont présents dans cette redéfinition du rôle de lÉtat. Leur élaboration forme en effet les grandes lignes de mon discours. Particulièrement, le changement de cap dun contrôle étatique très introvertis vers des approches douvertures régionales et multilatérales, ainsi que la distanciation dun système législatif de régulation vers un système basé davantage sur la régulation et lentente. Même si linfluence dun État sur les médias dun autre nest pas un phénomène récent, les interactions par lentremise dententes et de traités qui portent sur la circulation dinformation, didées et de données, sintensifient grandement.
La mondialisation des médias semble souvent être le reflet des activités par lesquelles les grands conglomérats produisent et forgent la conscience mondiale. Cependant, le marché mondial ne se limite pas uniquement à un terrain déchange de films et démissions télévisées. Cest également un lieu interdépendant pour le développement et lapplication formels ou informels de règles à la base dun discours commun; lespace dans lequel les idéologies saffrontent et forgent les allégeances qui déterminent la persistance des gouvernements et des nations elles-mêmes; une arène où les images créées sont substitutives à la force. Depuis toujours, les détenteurs du pouvoir font pression pour influencer la formulation des politiques et lopinion publique à létranger, de la même façon que les gouvernements, par la propagande, tentent dinfluencer les populations, tant à lintérieur quà lextérieur de leurs frontières. Malgré limportance encore marquée doutils plus traditionnels comme la radio internationale (tout spécialement dans ces sociétés où les nouvelles technologies ne sont pas autant développées et où le pouvoir continue à communiquer avec la population par des moyens bien connus et documentés), ce processus est désormais devenu globalement et technologiquement plus raffiné.
Dans cet environnement dinterdépendance, les États ne possèdent plus lunique pouvoir de décider par eux-mêmes de lévolution des technologies dinformation et des discours soutenus dans leur propre territoire. Linfrastructure mondiale dépend essentiellement de lévolution de systèmes locaux. Les décisions concernant lespace médiatique dun État ont des ramifications au-delà de ses propres frontières en ce qui concerne les échanges et la sécurité globale. Lattention internationale sintensifie alors que les gouvernements deviennent obsédés par le pouvoir de l'information. En temps de paix, ils sy intéressent pour ses qualités de domination et de création de richesse et, en temps de guerre, comme une arme de contrôle efficace. Ainsi, même si les États conservent leur indépendance culturelle par des lois spécifiques, limportance des décisions quils prennent est, de plus en plus, influencée par diverses pressions et obligations internationales.
La relation entre lÉtat et les images, les messages et linformation qui circulent à lintérieur de ses frontières est soumise à un recadrage mondial. Les gouvernements nationaux, les organisations non-gouvernementales, les corporations multinationales, les organisations humanitaires et les individus sont tous et toutes impliqués dans ce processus. Les systèmes de communication sont victimes dune reconstruction massive. Pensons quil y a 30 ans, larrivée du câble provoquait déjà des transformations et, il y a 20 ans, les satellites de communication en faisait de même. Puis, dans les derniers 10 ans, lInternet et la convergence des nouvelles technologies ont provoqué une restructuration complète. Les acteurs et les observateurs de cette vigoureuse expérience sont à la recherche dun langage de changement et dune série de lois et dinstitutions capables de fournir de la légitimité, du pouvoir et la chance de profiter davantages technologiques. Il y a un profond besoin détudier ce processus de recadrage de points de vue différents et de produire une base de connaissance solide pour bien en comprendre les origines, les mécanismes et les possibilités futures. Une compréhension détaillée et juste des implications vers un changement culturel et politique, le déroulement des débats humanitaires, et le changement dans la forme et le fonctionnement des gouvernements nest possible quà partir dune bonne maîtrise des changements massifs qui ont lieu.
À travers cette conférence, je développerai une approche systématique des enjeux concernant la réglementation des médias dans un monde de technologies et didéologies en changement et dententes corporatives modifiées. Puis, je décrirai les différents degrés de réorientation des médias globaux et de la panoplie de changements qui surgissent de linteraction entre des transformations géopolitiques, idéologiques et technologiques. Pour ce faire, je mets de lavant différentes analyses théoriques qui pourraient expliquer les changements dans les stratégies étatiques. Je me tourne vers des modèles qui restructurent ce travail global de recadrage, comme lutilisation de métaphores, de thèmes et dinfluences spécifiques, tout spécialement la privatisation, lautorégulation et les contrôles de contenus offensants. Jexplore les efforts pour découvrir de nouvelles catégories qui définissent la relation entre lÉtat et ses médias, face à la persistance danciens moyens danalyse et de description. Je travaille avec le langage du changement, l'aménagement extérieur dans lequel les acteurs étatiques et non-étatiques articulent et reformulent les doctrines. Ceci en respectant une grande variété de contextes soulignant lintégration de technologies dinformation. Finalement, je tente dunir les éléments dune politique étrangère plus ou moins cohérente sur la mondialisation des médias. Je joins ces différentes actions et influences ensemble en redéfinissant et recatégorisant les réactions nationales face aux nouvelles technologies de linformation. Le but est de séparer les facteurs explicatifs, et ainsi, den percevoir les interconnexions.