Conférence
commémorative Spry 1999
Résumé
M. Gareth Grainger (Australian
Broadcasting Authority, Australie)
« La co-réglementation de la radiodiffusion et le
bien public » Montréal,
mardi 2 novembre 1999 / Vancouver, jeudi 28 octobre 1999
LA CO-RÉGLEMENTATION DE
LA RADIODIFFUSION ET LE BIEN PUBLIC
Gareth Grainger
Voulant discuter particulièrement des réseaux de diffusion publics dans des pays tels que le Canada et LAustralie, jaimerais commencer cette allocution en examinant quelques-unes des hypothèses qui sont à la base de la radiodiffusion en général. Ceci est dans le but de pouvoir reconsidérer leur utilité par rapport aux nouvelles technologies et aux défis que nous confrontons avec la venue dun nouveau millénaire. Quel rôle, sil y en a un, les gouvernements devraient-ils jouer dans la réglementation de la radiodiffusion? Quel serait lapport des organismes nationaux de réglementation dans ce quon appelle le village global? Comment les justifications dordre historique de la réglementation qui se manifestent dans des pays comme le Canada et lAustralie par exemple, peuvent-elles nous aider à comprendre lautorégulation en tant que recherche déquilibre entre lefficacité dune industrie dune part et les attentes du public dautre part? En soulevant à nouveau ce genre de questions, je souhaite donner une interprétation quant à comment les systèmes autorégulateurs sont nécessaires pour assurer lintérêt public, surtout dans le domaine des nouvelles technologies de diffusion tel que lInternet.
Quel rôle un gouvernement devrait-il avoir dans la réglementation de la radiodiffusion? À partir des idées du philosophe Rousseau, jentame une première réponse à cette question en discutant tout dabord de la nature même du gouvernement, et particulièrement comment des gouvernements qui sont élus démocratiquement sont dans lobligation de faire valoir le bien public consenti lors de leur élection. Comme principe gouvernant le processus de décision publique, ainsi que le résultat dun tel processus, je propose que le concept de bien public, envisagé comme quelque chose qui nest ni fixe ni monolithique mais déterminé par certaines circonstances, offre la seule justification possible aux gouvernements pour réglementer la société en général et la radiodiffusion en particulier.
Aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Australie, la radiodiffusion a été réglementée traditionnellement car les ressources étaient limitées, à savoir le spectre des fréquences de diffusion.
Je suggère quà la base de ces justifications repose le sentiment que la réglementation gouvernementale a pour objectif dassumer la responsabilité sociale ou "civique" du contenu de la radiodiffusion, ainsi formulée dans la charte de la BBC qui vise à "informer", à "éduquer" ainsi quà "distraire" le public.
Les gouvernements ont reconnu linfluence considérable de la radiodiffusion sur la société en tant que phénomène de masse, et lont de plus en plus pris en charge comme leur responsabilité publique, et ce faisant, ils ont modifié la fonction de la réglementation pour tenir compte des problèmes actuels la qualité du contenu et le besoin de recevabilité en matière de radiodiffusion, surtout lorsquil sagit de la représentation de la violence et du sexe, de la promotion de la culture nationale, de léducation publique, du besoin dinformation et de programmes de variétés.
Depuis 1986, dans des pays tels que le Canada et lAustralie, les gouvernements ont reconnu ce nouveau modèle civique de radiodiffusion en restructurant le cadre de réglementation afin dencourager des formes dautorégulation. Là où linstance de réglementation peut intervenir si la lindustrie fait défaut, le système est plus précisément décrit comme une "co-régulation" et cest ce qui est à la base du modèle australien pour la radiodiffusion.
Cette allocution traite donc de lexpérience australienne en particulier comme un cas typique de la radiodiffusion en général, et examine comment les changements dans lhistoire de la radiodiffusion australienne de 1932 à 1999 marquent une évolution dun système régulateur gouvernemental vers un système co-régulateur basé sur des consultations. Ils reflètent aussi un changement fondamental de perception allant des questions relatives au bien et à la propriété publique à des questions de promotion et de protection de lintérêt public et de la culture nationale. Mon argument est que le plus grand défi pour la co-réglementation australienne, de même que pour dautres systèmes de co-réglementation et dauto-réglementation à travers le monde, consiste en une défense vigoureuse de lintérêt public et de lidentité culturelle face à la pression de lindustrie pour mettre à lécart les questions de ce genre.
Ce défi sapplique à la perfection au cas dInternet, qui devrait à mon avis être assujetti à des formes dauto ou de co-réglementation similaires à celles de la radiodiffusion. À lopposé des cadres régissant la réglementation des médias traditionnels, lInternet requiert une législation dont la capacité serait dimposer des normes nationales de manière efficace en même temps que de développer des normes à un niveau international. Il savère donc quil existe un besoin de coopération internationale important dans le but de créer des liens technologiques et législatifs afin de considérer la nature transnationale de lInternet et les nombreuses notions divergentes quant à lintérêt public quil engendre en tant quenvironnement international.
Les approches régulatrices sur lesquelles je me penche en Australie, au Canada et au Royaume-Uni cherchent à exprimer un équilibre entre dune part la libre expression et dautre part le droit des communautés à décider de leur intérêt local et national. Ma conclusion est quune telle approche, se basant sur une coopération étroite entre lindustrie et lintérêt public, représente une alternative vibrante et démocratique allant à lencontre du modèle américain où toute discussion de réglementation est dominée par le lobby de la libre expression au détriment de lintérêt public en général.