Conférence commémorative Spry 1999
M. Gareth Grainger (Australian
Broadcasting Authority, Australie)
« La co-réglementation de la radiodiffusion et le
bien public »
LA CO-RÉGLEMENTATION DE LA
RADIODIFFUSION ET LE BIEN PUBLIC
Gareth Grainger
Introduction
Cest un très grand honneur pour moi davoir été convié
par les Professeurs Raboy et Caron pour exposer la Présentation Spry Memorial de 1999.
Ces dernières années, ces allocutions se sont concentrées sur le rôle des organismes
de diffusion publics, ce qui est tout à fait approprié étant donné la contribution
éminente de Graham Spry au rôle de la diffusion publique en Amérique du Nord. Dans ma
présentation, bien que je donne mon point de vue sur le rôle crucial que jouent et que
doivent jouer, selon moi, les organismes de diffusion publics dans des pays tels que
lAustralie et le Canada, je désire aller au-delà du rôle de lorganisme
public de diffusion, et examiner une question tout à fait fondamentale : Pourquoi, alors
que nous nous dirigeons vers lère numérique de fréquences abondantes, les
gouvernements doivent-ils continuer à jouer un rôle important dans le développement et
la mise en place de régimes régulateurs de la diffusion? Et si les gouvernements
continuent à simpliquer dans le processus, quel doit être le modèle adéquat à
suivre? Et quelles actions ces approches de la diffusion ont-elles, avec lengouement
croissant pour Internet et les autres services en-ligne, en Europe, en Amérique du Nord
et en Australie? Je crois quil est impossible dexaminer minutieusement ces
questions sans se heurter au sujet fondamental des rôles respectifs des gouvernements,
des parlements, des organismes régulateurs, du secteur et des citoyens à titre
individuel, à laube du vingt-et-unième siècle. Il est à la mode de parler de
village mondial, de société mondiale, dindustries mondiales et de marchés
mondiaux, mais qui gère le mondial à léchelon mondial? Qui crée les éléments
de gestion qui existent et quen est-il du citoyen individuel de létat-nation
en tant que participant à la prise de décision régissant cette gestion?
Je nhésiterai pas à suggérer que la justification
densemble de toutes formes de gestion à tous les niveaux doit être le bien public.
Mais quest-ce que le bien public, comment le définir et qui en décide? Quelle
doivent être les modalités de cette gestion -qui sen charge? Les gouvernements
eux-mêmes, les parlements, les organismes régulateurs, les tribunaux ou les organismes
du secteur? Encore une fois, je nhésiterai pas à suggérer que dans des sociétés
telles que la nôtre, tout système doit reposer sur la consultation et le consentement du
citoyen individuel, par le biais de processus démocratiques. Si les secteurs cherchent à
se gérer eux-mêmes par le biais de lauto-régulation, la justification ne doit pas
être que cela profite au secteur, mais plutôt au citoyen, par une meilleure
administration, de meilleurs systèmes, une meilleure responsabilisation et de meilleurs
résultats. Comment consulter lidée que le citoyen se fait sur le bien public,
comment exprimer ses inquiétudes sur la façon dont les services sont fournis ou sur le
contenu de ces services? Ces questions mènent à penser quil faut rechercher un
équilibre entre lefficacité du secteur dune part, et les attentes du public
dautre part, et que les systèmes doivent être instaurés pour garantir que,
lorsquil y a conflit, cest en fin de compte lintérêt public qui prime
lors de la prise de décision. Si tel est le cas, il doit exister un organisme qui puisse
défendre lintérêt public dans des processus comme la fourniture de services de
diffusion et de services en-ligne. La mise en place par le parlement dun tel
organisme, et son interaction avec les citoyens, les politiciens et les organismes du
secteur, produit un cadre réglementaire quon qualifie souvent
dauto-régulation, mais qui en fait, devrait plus justement sappeler
co-régulation - cest à dire quun équilibre est atteint entre le besoin
dun secteur bien établi, à évolution rapide, comme la diffusion qui accepte ses
responsabilités, et le besoin des citoyens individuels davoir les moyens de
sassurer que leurs intérêts seront sauvegardés lors de la mise en uvre de
régimes auto-régulateurs. Dans mes commentaires écrits, mais non pas dans mon
intervention orale, jexplore en partie lhistorique de la régulation de la
diffusion en Australie. Dans ce discours, je montrerai comment les leçons tirées de
lexpérience australienne avec le secteur de la diffusion ont été pertinentes,
lors dune réflexion sur le cadre approprié pour traiter au moins quelques unes des
nombreuses questions liées aux services en-ligne en Australie. En fin de compte, je reste
le défenseur du rôle que doit jouer un pays ou un état dans la décision de gérer ses
propres affaires, malgré les développements internationaux récents en Yougoslavie qui
sopposent à ce principe. Mon raisonnement est, fondamentalement,
quaujourdhui les besoins et les droits du citoyen individuel sont primordiaux,
et quà laube du troisième millénaire chrétien, il nexiste pas
dorganisme international ou trans-national capable de prendre des décisions, autre
que le Parlement Européen, mis en place par le processus démocratique du choix des
citoyens. Partout où les parlements nationaux sont les organismes qui donnent corps à la
voix et au choix des citoyens individuels, il sera opportun, voire souhaitable, que ces
parlements nationaux établissent les politiques et les règles pour le bien public.
2 Le concept du gouvernement pour le bien public
La récente intervention de lOTAN en Yougoslavie a remis en question
lintégrité incontestable de létat-nation comme arbitre suprême des
destinées de ceux qui vivent à lintérieur de ses frontières. Vaclav Havel,
humaniste éminent, a déclaré dans "le Kosovo et la Fin de lEtat-Nation"
quil y avait tout lieu de croire que la gloire de létat-nation en tant que
summum de lhistoire de chaque communauté nationale, et en tant que sa plus haute
valeur sur terre...a déjà dépassé son apogée, parce que
les êtres humains sont plus importants que létat...Létat est une création humaine (mais) les êtres humains sont une création de Dieu. Au cours du siècle à venir, je suis davis que la plupart des états vont connaître une évolution, depuis des entités cultes vers des unités administratives moins puissantes et moins rationnelles, qui ne représenteront quune des façons multiples, complexes et de différents niveaux, dorganiser notre société planétaire. (Les) conditions vers lesquelles lhumanité se dirigera, et doit se diriger, dans lintérêt de sa survie, seront probablement caractérisées par un respect universel et mondial des droits de lhomme, par une égalité civique universelle, par le cours de la loi et par une société civile mondiale (1).
Bien que jadmette que ces remarques reflètent une grande
sagesse et prévoyance, je pense aussi quelles renferment le cur de
lénigme - si lon doit donner protection, reconnaissance et une voix à
lindividu humain, alors qui dautre que les parlements et gouvernements
nationaux constitués selon les lois et démocratiquement élus peuvent le faire? Des
organisations comme les Nations Unies et lOTAN ne sont pas élues démocratiquement
et ne sont pas, sauf de la façon la plus indirecte, responsables des actions des citoyens
individuels. Le seul organisme véritablement trans-national à forme constitutionnelle,
et dont les pouvoirs législatifs sont démocratiquement choisis par des citoyens
individuels, est le Parlement Européen, dont le mandat est limité. Bien que Vaclav Havel
propose une voie que lhumanité pourrait emprunter, nous ne sommes quau tout
début dun tel parcours. A lheure actuelle, dans de nombreuses régions du
monde, seuls les parlements nationaux et les gouvernements qui tirent leur mandat
dune élection démocratique peuvent être considérés comme donnant voix au
citoyen individuel, et doivent donc être perçus comme la voix la plus appropriée du
citoyen individuel, pour des questions de politiques, de législation et
dadministration des affaires de lhomme.
En adoptant ce point de vue, je soutiens la position de Bernard
Manin dans son essai intitulé De la Légitimité et de la Délibération
Politique:
que la loi légitime soit le résultat de délibérations générales, et non lexpression de la volonté générale" et que "cest le processus par lequel la volonté de tous est formée qui confère sa légitimité au résultat, plutôt que la somme des volontés déjà formées. Le principe de délibération est à la fois individualiste et démocratique. Il implique que tous participent à la délibération, et cest à ce titre quil est raisonnable de considérer que la décision prise émane du peuple (2).
Comme je lai déjà dit, à léchelon
international, autre que dans les processus délection pour le parlement européen,
il nexiste pas dorganisme de prise de décision qui donne une expression
démocratique aux opinions des citoyens individuels pour le modelage des règles qui
gouvernent la race humaine. Il nexiste pas non plus de signe que dans les décennies
à venir, de telles institutions verront le jour. Létat-nation pourvu de processus
démocratiques reste, dans un futur proche, lunité la mieux équipée pour
permettre au citoyen individuel la possibilité, libre et juste, dintervenir dans le
modelage dune décision, par le choix de parlements, la mise en place de
gouvernements, ladoption de législation et la prise en charge de
ladministration. Malgré toutes les imperfections qui existent dans ce cadre, le
processus démocratique ne compte pas de véritable rival qui puisse revendiquer le même
respect ou la même légitimité. Les défenseurs les plus extrêmes du cyber-espace
pensent peut-être quils le peuvent, mais tel nest pas le cas, et je ne pense
pas que cela change dans un futur proche.
Donc, étant donné mon point de vue selon lequel seul, un
état-nation reposant sur des processus démocratiques peut fournir un moyen approprié
pour lexpression du citoyen individuel dans le modelage des lois et les formes de
gestion, quelle est, ou devrait être, la finalité que visent ces nations par le biais de
la remise du gouvernement, de la législation et de ladministration? Jaimerais
suggérer que la réponse à cette question est simplement que létat doit agir dans
tous ces processus dans lintérêt public, afin de garantir le bien public.
3 Lintérêt public et le bien public
Jean-Jacques Rousseau a suivi une voie simple et déterminée,
lorsquil cherchait à cerner comment identifier le bien public:
La volonté ferme de tous les membres équivaut à la volonté publique. Par son application, ils sont citoyens, et libres. Lorsquune loi est proposée dans lassemblée du peuple, ce quon demande au peuple nest pas précisément sil approuve ou rejette la proposition, mais plutôt si celle-ci est conforme à la volonté publique, qui est aussi la sienne. En votant, chacun donne son avis sur la question, et la volonté publique est ensuite déduite en comptant les votes...Il découle de ce qui précède que la volonté générale est toujours juste et quelle tend toujours vers le bien public (3).
Sur cette base, nous pourrions conclure que
toute expression de la volonté générale par le biais de processus démocratiques serait
toujours en faveur du bien public.
Cependant, même Rousseau admettait les défauts inhérents à une
telle approche:
Lon recherche toujours son propre bien, mais on ne le voit pas toujours. Le peuple ne peut être corrompu, mais il est souvent trompé, et cest seulement alors quil semble souhaiter ce qui est mauvais (4).
Bien que je ne veuille pas être amené ici à explorer les différentes tendances des théories juridiques, dune part représentées par Grotius, Pufendorf, Locke et dautres, et Hobbes et Rousseau dautre part, il semble que dans les deux cas il existe un lien réel entre le concept du bien public, la protection des droits de propriété du citoyen individuel et la sécurité de lindividu et de ses biens. Cest la réconciliation de ces points de vue qui est reflétée dans les paroles dun document tel que la "Déclaration des Droits de létat de Virginie", affirmant dans la section 1 que:
tous les hommes sont par nature également libres et indépendants et ont certains droits inhérents qui, lorsquils participent à un état de société, ne pourront par aucun moyen être enlevés à leur descendance; à savoir, la jouissance de la vie et de la liberté, avec les moyens dacquérir et de posséder des biens, la sécurité, ainsi que la poursuite et lobtention du bonheur (5).
Le bien public peut donc être considéré comme un amalgame des droits et avantages individuels, notamment en ce qui concerne la propriété et la sécurité. Cependant, il doit inévitablement exister une rivalité entre les droits, avantages et ce qui revient de droit aux nombreux individus qui composent une communauté ou une nation. Lors de lidentification de lintérêt public pour garantir le bien public, il convient donc de rechercher un équilibre entre les droits -et ce qui revient de droit à un citoyen donné-, et les droits plus larges de la communauté entière à la stabilité et à lordre. Il sagit du rôle des parlements et des politiciens. Je considère aussi que cest le rôle de tout organisme administratif chargé dadministrer les lois dans de tels sociétés ou pays. La loi dite Broadcasting Services Act 1992 en Australie reconnaît que, pour un organisme de ce type, il convient déquilibrer des domaines en concurrence, en stipulant à la section s. 4 (2) que le Parlement
prévoit que les services de diffusion en Australie soient régulées de façon à permettre, selon l Australian Broadcasting Authority, que des considérations dintérêt public soient traitées de façon à ne pas imposer des fardeaux financiers et administratifs superflus aux fournisseurs de services de diffusion (6).
En 1997, ladministration actuelle des Etats-Unis dAmérique souligna limportance de lintérêt public en établissant le Comité Consultatif sur les Obligations dIntérêt Public des Diffuseurs de Télévision Numérique, afin de recommander des obligations juridiques appropriées et des règles de marché pour lère de la télévision numérique. Ce comité lui-même a fait référence à lune des déclarations majeures du début du développement de la politique de diffusion des Etats-Unis, un discours de Herbert Hoover, Secrétaire au Commerce des Etats-Unis, lors de la Quatrième Conférence Radio Nationale à Washington DC en novembre 1925, dans lequel il précisa que:
léther est un environnement public, et son usage doit présenter un avantage au public...Lélément dominant qui mérite considération dans le domaine de la radio est, et sera toujours, le très grand nombre des auditeurs publics, plusieurs millions dentre eux, et répartis dans lensemble du pays (7).
Bien que les philosophes politiques prennent peut-être le luxe de proposer des théories absolues qui sous-tendent des concepts de gestion, ladministrateur que je suis ne peut se permettre de concevoir le monde dont nous parlons, de façon trop rigide ou structurée. La matière et la société sont plus fluides que ne le pensaient Locke ou Rousseau. Par conséquent, aucune règle absolue ne peut être mise en pratique. Toutefois, jaimerais proposer quelques principes afin de nous concentrer sur ces questions jumelées de lintérêt public et du bien -ou de lavantage- public, comme suit:
Lintérêt public est lintérêt que les
gouvernements, les parlements et les administrateurs doivent accepter, du moins dans les
nations gouvernées de façon démocratique, et refléter dans les lois, les politiques,
les décisions et actions garantissant la paix, lordre, la stabilité, la sécurité
de lindividu, la propriété, lenvironnement, et les droits de lhomme
pour le bien-être généralisé de la société et de la nation qui, par le biais de la
constitution et des élections, permettent au citoyen individuel de renouveler et
dexprimer son accord et son consentement à être gouverné et administré de la
sorte.
Lors
de la recherche de lintérêt public, il convient, de temps à autre et selon les
circonstances, de réévaluer la nature de lintérêt public dans chaque cas, car
lintérêt public nest ni constant ni sans changements dans toutes les
situations.
Bien
que les droits des citoyens, et ce à quoi ils ont droit, doivent être dimportance
primordiale pour évaluer lintérêt public, le besoin de garantir lordre, la
stabilité, la sécurité de lindividu et des biens exige quexistent des
institutions démocratiques pour identifier le besoin de garantir le bien-être
économique, susceptible de procurer lemploi et la prospérité généralisée, la
fourniture de services, dalimentation, de vêtements et de logement, qui sont tous
essentiels au bien-être général du citoyen individuel.
En
conséquence, les sociétés démocratiques et leurs institutions doivent, dans le cadre
de leur recherche de lintérêt public, atteindre un équilibre entre les besoins du
citoyen individuel et ceux des sociétés qui, bien que dépourvues dun droit de
vote dans le processus démocratique, sont essentielles à la création demplois,
aux revenus, à la prospérité, et la fourniture de biens et services nécessaires au
bien-être du citoyen individuel.
Les
parlements eux-mêmes ne sont pas à même détablir tous les indices
dévaluation de lintérêt public dans toutes les circonstances, et les
institutions doivent, puisquelles opèrent sous légide des parlements,
entreprendre la tâche déléguée dévaluer où se situe lintérêt public et
comment latteindre au mieux en fonction des problèmes et circonstances donnés.
De
telles institutions doivent entreprendre une consultation et une recherche auprès du
public, et se fonder sur des données précises pour jouer leur rôle.
Le
citoyen, personne individuelle ou société, doit être consulté par de tels organismes
afin didentifier quel est lintérêt public dans des domaines spécifiques et
devant des questions précises.
Le
bien public est une expression qui peut faire référence à un bien ou bien meuble du
domaine public ou de la propriété publique, tel que les propriétés de lEtat, les
fleuves, les zones côtières, les ondes ou encore la largeur de bande de câble.
Le
bien public est cependant, de façon plus générale, une expression qui est employée de
manière versatile comme synonyme d "avantage public" pour décrire les
résultats ou les produits que lon tente dobtenir par le biais de politiques
et de processus des institutions démocratiques, lobtention de résultats réels qui
procurent au citoyen individuel un niveau de paix, dordre, de stabilité, de
prospérité, denvironnement sain, ou encore le droit de sécurité des individus et
de leurs biens.
Le
bien public peut prendre la forme concrète et quantifiable dun bien physique, tel
que les routes, les écoles ou les hôpitaux.
Mais
très souvent, et cela pose problème, le bien public peut aussi prendre la forme
dun résultat abstrait difficile à mesurer, tel que la fourniture de services ou
même lélaboration dindustries ou de technologies entièrement nouvelles,
telles que la diffusion, les télécommunications, Internet et lévolution des
technologies analogues vers des technologies numériques.
Mais
là encore, très souvent, ce nest quune fois que ces services ont été mis
en uvre que lon peut mesurer leur efficacité à déboucher sur le bien
public.
Lune des seules façons de mesurer cela est par le biais dune consultation
avec le public ou par dautres mécanismes de recherche mesurant lopinion
publique, afin dévaluer si le citoyen individuel est satisfait, dans son ensemble,
du service fourni.
Ainsi, le bien public peut être tangible ou intangible, mesurable et identifiable, ou au
contraire difficilement mesurable et identifiable, et peut prendre la forme dun
produit, dun service ou dun résultat issu du processus de prise de décision
démocratique visant lintérêt public. Par exemple, le développement de règles
régissant le contenu local pour la télévision est un service pour le bien public qui
résulte dun processus à base dintérêt public de la Canadian
Radio-Television Comimssion au Canada et de l Australian Broadcasting
Authority en Australie. Les programmes de télévision qui résultent de ces règles
sont un produit de bien public issu du même processus.
Si mon raisonnement est correct, lintérêt public et le
bien public peuvent simplement être représentés de la façon suivante dans les
sociétés démocratiques ou auprès des institutions démocratiques:
Les
principes qui guident le processus de prise de décision public
Le
résultat ou la conséquence ou le produit dun tel processus.
Dans mon approche, jai déjà utilisé des exemples du domaine de la diffusion, des télécommunications et d Internet pour illustrer ma thèse. Je voudrais maintenant passer à une réflexion plus détaillée de la façon dont ces principes peuvent, doivent, se sont, et seront appliqués au domaine de la diffusion et dInternet.
4 La diffusion en tant que bien public
Pour commencer, je vais considérer le premier des sens que jai
mentionnés pour lexpression bien public, en tant que bien ou bien meuble du domaine
public ou de propriété publique. Cest une question particulièrement importante,
parce quun large aspect de la politique de diffusion, depuis les années 20,
dérive, en tout cas au premier abord, du concept que la fréquence de diffusion des ondes
est un capital public rare, ou un bien public, et a demandé à être administré,
traité, alloué de façon très précise et particulière. Pour reprendre la citation de
1925 de M. Herbert Hoover: "léther est un moyen public, et son usage doit
être à lavantage du public".
A la suite dune période de concurrence chaotique pour
lusage du spectre des fréquences radio au début des années 20 aux Etats-Unis,
Herbert Hoover, Secrétaire du Commerce, prit la parole le 11 mars 1924, devant le Comité
de la Marine Marchande et de la Pêche sur le thème "réglementer la communication
radio, et autres objectifs".
Il est urgent que nous disposions dune réorganisation rapide et vigoureuse de la loi dans le cadre de la réglementation fédérale de la radio. Non seulement existe-t-il des questions touchant à la conduite ordonnée de la multitude dactivités radio... mais aussi la question du monopole des communications radio doit être affrontée franchement.
Il nest pas concevable que le peuple américain permette à ce nouveau système de communication de tomber exclusivement entre les mains dun groupe individuel ou dun consortium. Nous ne pouvons permettre à un individu ou groupe donné de se placer dans une position à partir de laquelle il puisse censurer les informations qui seront diffusées au public, et je ne pense pas non plus que le gouvernement doive jamais être placé dans une position de censure par rapport à ces informations diffusées.
La communication radio ne doit pas être considérée simplement comme un commerce entrepris pour en tirer des bénéfices privés, pour y placer des annonces publicitaires privées ou pour divertir les curieux. Cest un organisme public qui a obtenu le sceau de la confiance du public et qui doit être considéré en premier lieu du point de vue de lintérêt public dans la même mesure, et sur la base des mêmes principes généraux que les autres services publics
(8).
Une guerre des fréquences entre les Etats-Unis
et le Canada au milieu des années 20 avait en fait souligné le besoin de réglementer
lusage du spectre de fréquences radio. Ladoption de la loi US Radio Act et la
mise en place de la Federal Radio Commission aux Etats-Unis en 1927 représentaient les
premiers pas permettant de garantir la stabilité dans lallocation de lusage
des fréquences radio en Amérique du Nord.
Dans un message au Congrès des
Etats-Unis, fin 1926, le Président Calvin Coolidge précisa que "lensemble du
service de cette fonction publique très importante (la diffusion radio) a dérivé vers
une situation si catastrophique que si lon ny remédie pas, toute sa valeur
risque dêtre détruite. Je recommande instamment que cette législation (la
Radio Bill) soit promulguée rapidement " (9).
La nouvelle législation du Radio Act devint loi le 23
février 1927, établissant la Federal Radio Commission pour définir la bande
de diffusion AM, normaliser le nom des chaînes par leur fréquence, et autres questions
techniques et de licences. La loi donnait aux nouveaux membres de la commission les
pouvoirs de prendre les décisions "conformément au caractère pratique, à
lintérêt public ou au besoin", ce quon appelle la norme PICON. La
US Communications Act de 1934 mit à son tour sur pied la Federal
Communications Commission (FCC) pour assumer la responsabilité régulatrice de
lallocation du spectre de fréquences radio et distribuer des licences de services
radio commerciaux en fonction de la justification première de la rareté des fréquences
et du besoin de tenir compte "de lintérêt public, du caractère pratique et
de la nécessité" pour réaliser le bien de tous (10).
Un juge des Etats-Unis a dit de cette norme quil
"serait difficile, sinon impossible, de formuler une définition précise et
complète de lexpression intérêt public, caractère pratique et
besoin, et il a souvent été dit, à juste titre, par les tribunaux que les faits
de chaque dossier devaient être examinés (par la Commission) et devaient gouverner sa
détermination" (11).
Bien quà lorigine, la préoccupation des responsables de la
réglementation des Etats-Unis touchait à lallocation des fréquences, la norme
PICON leur donnait la discrétion très large de superviser dautres domaines que
celui de la technique pure.
Patricia Aufderheide dans son ouvrage récent intitulé
"Politique de Communications et Intérêt Public" nota quaux Etats-Unis
"lexpression intérêt public repose sur la notion de responsabilité
gouvernementale de créer les conditions propices à un secteur daffaires sain qui
puisse desservir toute une gamme de consommateurs...(La loi) Communications
Act de 1934 faisait partie dun processus plus large visant à
institutionnaliser le libéralisme des affaires. Le libéralisme des
sociétés est un ensemble de dispositions réglementaires et juridiques qui rend possible
lexistence de sociétés stables, à grande échelle, ainsi que des marchés
complexes. La création de monopoles, de cartels et de secteurs caractéristiques
dun pouvoir important sur le marché était considérée comme source d
avantages puissants" (12). Peut-être le dilemme le plus
significatif des responsables de la régulation des Etats-Unis dans la mise en oeuvre du
barême de l "intérêt public", émane-t-il de lancien président
de la FCC, Reed Hundt, qui déclara, alors quil allait prendre sa retraite en 1997:
Historiquement, le travail principal du président de la FCC était de procurer des licences daccès aux ondes à un groupe limité de personnes, et de truquer les marchés afin que personne ne sen sorte mal. La raison, valable, était de permettre aux sociétés de progresser économiquement; leffet, néfaste, était un marché fermé oligopolisé avec peu de divergences de points de vue. Le travail principal, aujourdhui, devrait être le contraire: introduire le concept de risque et de récompense à tous les domaines du secteur des communications. Le problème réside alors dans la promotion des objectifs non-commerciaux, tels que la conduite dun débat civique sur des questions politiques ou léducation des enfants, sans compter simplement sur un partenariat confortable entre le gouvernement et un groupe minuscule de magnats des médias (13).
Il est utile de préciser ici, la perception quont les Etats-Unis selon laquelle linterprétation de lexpression dintérêt public par le membre de la commission a trop souvent été alignée sur les intérêts supposés des responsables commerciaux de diffusion (14).
lusage de lair ...qui surplombe le sol et les terres du Canada est une ressource nationale sur laquelle nous avons totale juridiction en fonction des décisions récentes du Conseil privé...Je ne pense pas quun gouvernement, quel quil soit, serait justifié sil laissait lair à une exploitation privée, et en ne la réservant pas au développement destiné à lusage du public. Il est possible quà une date future, lorsque la science aura fait des progrès plus importants...il soit souhaitable de mettre en place dautres dispositions ou des dispositions différentes (19).
Ainsi, au moins lune des raisons
principales de la mise en place dun système de régulation de la diffusion au
Canada consistait en la rareté du spectre de fréquences radio et au besoin de traiter
avec le bien public des ondes radio, y compris leur attribution méthodique.
En Australie, les premières régulations furent introduites le 1er
août 1923 suivies dune deuxième série de régulations promulguées le 17 juillet
1924, prévoyant que La Poste puisse accorder des licences aux responsables de diffusion
radio commerciales, ayant le droit démettre des annonces publicitaires.
Ceci eut lieu sous légide
des pouvoirs constitutionnels du Commonwealth australien pour les postes et
télécommunications (20). Des difficultés lors de
lintroduction de la diffusion faisant suite à ces régulations débouchèrent sur
la nomination dune Commission Royale pour la diffusion TSF (Télégraphie Sans Fil)
en Australie, établie le 28 janvier 1927. Sappuyant sur cette commission, le
gouvernement australien décida dadopter une double approche pour les services de
diffusion australiens:
un service national du domaine public
des services de licences du secteur privé appelés
services commerciaux (21).
La réglementation du service commercial récemment nommé resta celle du Comité TSF de La Poste jusquen 1948. Lors de sa sixième Convention Annuelle en 1936, lindustrie radio commerciale pria instamment le gouvernement du Commonwealth détablir un conseil pour réguler la diffusion commerciale, afin de traiter les questions de remise de licences et lallocation des fréquences. Le concept de régulation de la diffusion en Australie était ainsi fermement lié à la notion de rareté du spectre des fréquences radio et au besoin de le gérer et daccorder des licences pour en faire usage. Cependant, lorsque le parlement du Commonwealth donna enfin force de loi au Broadcasting Act de 1942, il prévoyait simplement que "le Ministre nommât dans chaque état un comité consultatif de diffusion" dont les fonctions seraient de:
conseiller le Ministre sur toutes les questions liées aux programmes de diffusion ou lexercice de tous pouvoirs, devoirs, fonctions, conférés ou imposés par la présente loi ou par les régulations à la commission (Australian Broadcasting) ou aux titulaires de licences pour une station de diffusion commerciale (22).
La seule fonction spécifique stipulée par la
loi pour les comités consultatifs était une exigence selon laquelle les comités
devaient soumettre un rapport au Ministre pour toute information diffusée à partir
dune station nationale ou commerciale, alléguée comme ayant été blasphématoire,
indécente ou obscène (23). Il est donc clair que dès 1942, le
concept de régulation de la diffusion en Australie a été élargi au-delà des questions
de fréquence radio en tant que bien public ou bien meuble. Encore une fois, les autres
motifs seront examinés ultérieurement.
Il existe donc un fil conducteur commun précis entre le Canada,
lAustralie et les Etats-Unis, en fonction duquel au moins lune des
justifications de la régulation de la diffusion, dans les premiers temps de la radio en
tout cas, résidait dans la notion que la fréquence radio, les ondes radio ou
léther était un bien de propriété publique dont il convenait de faire le
meilleur usage par un processus ordonné dallocation et par laccord de
licences pour les nouveaux services. En tenant compte de la prévision presque
prophétique du Premier Ministre canadien Bennett en 1932 selon laquelle "...à une
date future, lorsque la science aura accompli des progrès plus importants...il pourrait
savérer souhaitable de prendre dautres dispositions" pour la diffusion,
il est nécessaire de considérer dans quelle mesure cette notion de rareté du spectre a
été la justification fondamentale ou unique de la régulation de la diffusion. Si
cétait, et cela reste, la seule justification de la régulation de la diffusion,
alors cette époque que nous avait prédite le Premier Ministre Bennett nest
éloignée que de quelques années - ère de diffusion numérique, richesse de chaînes et
fin de la rareté du spectre.
Cependant, pour linstant en tout cas, la rareté du spectre
reste une question dactualité. Par exemple, en Italie, où une période de
dé-régulation a débouché sur la création de quelques 600 diffuseurs
privés en milieu urbain, seules, jusquà présent, ont été
identifiées quatre chaînes pour la diffusion numérique. Ces chaînes seront utilisées
pour fournir une couverture nationale et régionale aux diffuseurs nationaux et régionaux
de premier plan, mais les diffuseurs privés, eux, sils doivent être
pris en compte dans lère numérique, devront en tout cas attendre la fin de la
diffusion analogue.
En Australie, bien que chacun des cinq réseaux de télévisions
doivent recevoir une chaîne dotée de la capacité de diffusion télévision haute
définition, peu de chaînes supplémentaires sont prévues pour la diffusion de données
ou pour de nouveaux diffuseurs de télévision.
Ceci dit, je nhésite aucunement à déclarer que la rareté
du spectre et le besoin de traiter lallocation du spectre en tant que bien meuble
public rare nont jamais été le seul, ni le véritable fondement de la régulation
de la diffusion et que, dès lorigine ou presque, dans des pays comme le Canada,
lAustralie et le Royaume-Uni, la diffusion était considérée comme revêtant une
qualité ou un caractère particulier qui exigeait quelle soit traitée de façon
différente par rapport à dautres outils de diffusion dinformation comme les
journaux. Lorsquon examine quelles étaient ces motivations, et étant donné leur
validité actuelle, lon peut réfléchir à lapplication de ces principes à
des médias nouveaux comme Internet.
5 Les objectifs de lintérêt
public pour la régulation de la diffusion - la culture nationale et la protection des
foyers et des familles
Au-delà du besoin dextirper lordre du chaos dans les
secteurs de la diffusion en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, la vérité est
que les fondements de la régulation de la diffusion ont toujours existé, pour des
raisons aussi importantes que le fait de traiter méthodiquement lallocation
dun bien public. Bien que le modèle adopté pour la diffusion au Royaume-Uni dans
les années 20 nait pas été universellement admiré ou imité dans le reste du
monde, la réflexion qui a eu lieu au Royaume-Uni sur le rôle de la diffusion et la
façon dont les gouvernements doivent la traiter dun point de vue régulateur a eu
une influence critique, selon moi, dans de nombreux pays, notamment au Canada et en
Australie. Lorsquon examine lhistoire, je pense que nous arrivons à mieux
comprendre ce qui a motivé et sous-tendu la politique et la régulation de la diffusion
au cours des soixante-dix dernières années. Au cur du processus, on trouve des
questions totalement différentes du besoin technique de base dallouer des
fréquences. Les motifs en sont lintérêt public pour la culture nationale ainsi
que lintégrité du foyer en tant que noyau de la vie familiale et le besoin qui
existe de protéger et dencourager cette vie dune façon différente de celle
qui est considérée comme étant adéquate pour la presse et les autres médias. Si nous
arrivons à comprendre ce que ces principes dintérêt public plus larges ont pu
être, nous serons mieux à même de déterminer leur pertinence continue dans un monde
en-ligne abondant en communications et riche dune multitude de chaînes.
En réfléchissant à ces questions, je dois reconnaître
lexistence dau moins deux points de vue différents sur lintérêt
public et les médias audiovisuels. Michael Tracey a clairement énoncé ces deux points
de vue dans "Public Services Broadcasting":
Le débat a lieu entre deux modèles opposés, sur la façon de choisir le développement des médias audiovisuels et le type de programmes quils offriront au public en tant quauditoire. Les modèles font appel à différentes conceptions des droits et des libertés démocratiques, différents points de vue sur la relation qui existe entre culture et sciences économiques. Un des modèles suggère que pour soutenir le bien-être général de notre société et sa culture, létat (ou peut-être le corps politique serait une expression plus juste) na pas seulement le droit, mais le devoir, de prendre des décisions stratégiques et dintervenir par le biais de ses institutions nommées. Dans la diffusion, ces interventions doivent garantir une gamme, une profondeur, une qualité et une indépendance de la production de programmes que dautres dispositions ne seraient tout simplement pas à même de fournir. Ces dispositions ont été mises en place dans de nombreux pays par le biais du modèle de la diffusion du service public.
Face à ce modèle se dresse un autre modèle très différent, dans le cadre duquel la régulation par le biais dune politique publique est considérée comme nétant ni juste ni nécessaire. La théorie qui définit ce modèle consiste en le fait, que dans une société démocratique, létat na pas le droit de faire des choix au nom de ses citoyens dans le domaine de laudio-visuel, pas plus quil na le droit de leur dicter quels livres écrire ou lire. Pour employer une expression souvent citée, ce qui importe est la souveraineté du consommateur. Les droits démocratiques, en outre, sont rendus plus réalisables par des progrès énormes dans la capacité physique de communiquer par des systèmes câblés à bande large et les communications par satellite. La différence réside entre, dune part, lindividu en tant que membre dun groupe, et dautre part, lindividu en tant que tel.
Voici donc deux modèles entre lesquels lauditoire-en-tant-que-citoyen doit opérer un choix: la politique guidée par la régulation publique, en se fondant sur des valeurs publiques, servant lintérêt public; et la politique en tant que résultat ad hoc dune multitude de choix individuels, au sein desquels des concepts comme le bien de lensemble et lintérêt public deviennent effectivement ce que le public décide de ce quils sont, sur la base de jugements économiques. Dans de nombreux pays, lon constate un conflit entre un modèle culturel ou civique pour le développement de la diffusion et un modèle économique ou de cirque, pour que soit bâtie une plus grande culture des communications dont la télévision et la radio ne sont quune composante
(24).
Je dois expliquer clairement ici que, tout
comme des personnes éminentes telle que John Reith au Royaume-Uni et Graham Spry au
Canada, je considère que cest le premier de ces points de vue qui a inspiré à
lorigine la politique de diffusion dans nos pays, et que celui-ci doit rester
prépondérant. Les citoyens peuvent choisir leurs gouvernements mais ils ne peuvent
choisir leurs magnats des médias.
Au Royaume-Uni, la British
Broadcasting Company a reçu, le 18 janvier 1923, une licence en tant que seul
opérateur privé commercial de la Poste, regroupant un consortium de fabricants de
récepteurs. Quant aux propriétaires de ces récepteurs, ils devaient payer un droit de
licence à la Poste. Le directeur de la société était John Reith. Les difficultés
financières immédiates de cette société privée amenèrent le Parlement à nommer le
comité Sykes en avril 1923. Ce comité parvint à la conclusion en août 1923 que
"la diffusion renferme des possibilités sociales et politiques aussi importantes que
tout accomplissement de notre génération", et que "pour ces motifs, nous
considérons que le contrôle dun pouvoir potentiel tel sur lopinion publique
et la vie de la nation doit rester au sein de létat, et que lopération
dun service national aussi important ne doit pas être autorisée à devenir un
monopole commercial sans restrictions" (25). Le comité
Sykes recommanda que la corporation publique soit indépendante du gouvernement. Les
recommandations ultérieures du comité Crawford en 1925 débouchèrent sur la Charte et
la Licence qui créèrent la BBC et lautorisèrent à diffuser pendant dix ans, à
partir du 1er janvier 1927, en tant que monopole financé par des cotisations annuelles
sur les postes de réception radio et administrés par une corporation publique
indépendante, avec John Reith comme premier Directeur-Général (26).
Le comité Crawford précisa que la propriété publique des ondes était un bien national
précieux qui devait être employé dans lintérêt général du public et non pas
pour avantager des groupes dintérêt puissants ou riches (27).
Le comité Crawford recommanda que la nouvelle Corporation
"agisse comme Administrateur de lintérêt national, que son statut et ses
devoirs correspondent à ceux dun service public, et que les objectifs dun tel
service ne soient pas uniquement de divertir mais aussi dinformer et
déduquer. Les sujets couverts devaient être larges, les normes de présentation
élevées, et les questions controversées devaient être traitées de façon impartiale.
Les programmes devaient être disponibles auprès de la grande majorité de la
population" (28).
Je suis davis que nous avons ici la clé pour comprendre
lhistoire ultérieure de la diffusion au Royaume-Uni, au Canada et en Australie -
les concepts dadministrateur, dintérêt national, de divertissement,
dinformation et déducation, de contenu de qualité, dimpartialité et
de large portée daudience. Lon a dit que lexpression "information,
éducation et divertissement de la Charte de la BBC était en quelque sorte
léquivalent de lexpression connue de la diffusion américaine pratique
pour le public, intérêt et besoin publics comme source servant à guider la
politique" (29). Je remarque ici que lénoncé
britannique semble plus clair que lexpression américaine pour ce qui est de guider
les preneurs de décision dans le meilleur usage de leur pouvoir discrétionnaire. A
partir de létablissement de la BBC et jusquà aujourdhui, le diffuseur
national au Royaume-Uni a été à la fois diffuseur et régulateur de ses affaires dans
le cadre de la Charte Royale. La loi Television Act de 1954 instaura la
Independent Television Authority (Autorité de Télévision Indépendante) qui
eut les pleins pouvoirs de mettre sur pied le premier service de télévision commercial
au Royaume-Uni. En 1972, elle devint la Independent Broadcasting Authority
(Autorité de Diffusion Indépendante), avec pour tâche de "fournir" des
services de diffusion de télévision et ondes locales, en sus, dans chacun de ces deux
cas, de ceux de la British Broadcasting Corporation (Corporation de Diffusion
Britannique), et qui soient de qualité élevée, tant dans le processus de transmission
que dans les informations transmises" (30). Cet organisme
était responsable pour le secteur commercial en tant quorgane de planification,
diffuseur et organisme régulateur des services de diffusion commerciale au Royaume-Uni.
Le Pilkington Report (Rapport Pilkington) de 1962, bien quil fasse
léloge de la BBC, critiquait également vivement l Independent
Television Authority pour son contrôle peu efficace de la Télévision
Indépendante"(31). La critique exprimée dans le
Pilkington Report à légard de la programmation de la télévision
commerciale et son point de vue selon lequel la ITA ne sinformait pas suffisamment
des réactions publiques vis à vis de la programmation de télévision commerciale,
donnèrent lieu à des amendements des lois du Royaume-Uni, exigeant de l ITA
quelle établisse "létat de lopinion publique concernant les
programmes (y compris les publicités)"(32).
En révisant les modifications résultant de la diffusion, le
Rapport Annan (Annan Report) tira, en 1977, la conclusion suivante sur la diffusion:
Quy a-t-il dans la diffusion qui la rende unique et différente des autres formes de communication et sa nature est-elle susceptible de changer dans la période dexamen? La réponse, simple, est quau coeur de la diffusion se trouve le grand public. La radio, ainsi que la télévision, possède lunique qualité de viser simultanément une grande majorité de la population, dans 19 millions de foyers. Les autres méthodes de communication, comme la presse, le service des postes et des télécommunications, que lon reçoit chez soi, ne peuvent le faire. La diffusion peut porter un évènement important devant un vaste public, non pas seulement simultanément, mais aussi dès que lévénement se produit. Nous pouvons tous regarder la Finale de la Coupe ou voir des hommes se poser sur la lune. Il y a dautres formes de communication comme le théâtre, le cinéma ou les réunions publiques qui peuvent certainement atteindre un nombre considérable de personnes en même temps. Mais elles ne les touchent pas chez eux, dans leur foyer; et comparativement à la diffusion, le nombre de personnes concernées est infime. La diffusion peut communiquer avec des publics plus petits, comme cest le cas pour la radio locale. Cependant, même ainsi, les publics concernés sont plus importants que ceux des autres formes de communication simultanée. A une époque où lon se préoccupe de la fragmentation de la société, la diffusion permet de la resouder. Elle lie les hommes entre eux, donne au grand public des sujets communs de conversation, leur fait prendre conscience du fait quen vivant les mêmes émotions, ils appartiennent tous à la même nation (33).
Le Rapport Annan de 1977 soutint les points de
vue exprimés dans le Pilkington Report de 1962, comparant "leffet
de la diffusion sur la société à celui de leau qui tombe goutte à goutte sur une
pierre, (concluant) que, jusquà preuve irréfutable du contraire, lon devait
supposer que la télévision aurait une influence considérable sur les principes moraux
de notre société" (34). Le Rapport Annan remarqua:
"il nous semble que les gouvernements et les autorités de diffusion sont obligés de
prendre note du fait que beaucoup de gens supposent que, parce que les services de
diffusion sont regardés et écoutés dans pratiquement tous les foyers, la diffusion est
un moyen de communication puissant et omniprésent, puisquil a un effet direct sur
les attitudes et le comportement des gens..." (35). Le Rapport
Annan adhéra aux objectifs pour que les diffuseurs procurent divertissement, information
et éducation à des publics importants", mais proposa aussi un objectif
supplémentaire, celui de lenrichissement: "élargir les intérêts des gens,
leur apporter de nouveaux choix et de nouvelles possibilités dans la vie, voici ce que
doit tenter de réaliser la diffusion" (36).
Le Rapport Annan indiqua en conclusion que "en définitive,
quelquun doit prendre la responsabilité de décider quels aspects de
lintérêt public doivent prévaloir, et de ce qui peut être diffusé dans des
circonstances particulières et à une heure donnée. Nous sommes davis que la
responsabilité finale doit demeurer celle des autorités (de diffusion), en tant que
médiateurs entre les diffuseurs professionnels et le public. Les Autorités sont
elles-mêmes responsables, devant le Parlement, des décisions quelles ont prises,
ainsi que des services quelles offrent, et le Parlement lui-même est responsable
devant les électeurs. Cette solution pragmatique à un problème complexe est restée en
vigueur pendant cinquante ans, et nous considérons que lessentiel doit en être
maintenu. Nous recommandons donc que les autorités responsables de la diffusion
continuent à avoir la charge de tous les services de diffusion, et quelles
demeurent indépendantes du gouvernement dans leurs agissements quotidiens pour gérer
leurs affaires"(37).
Cette déclaration renferme des composantes que lon trouve
au cur de la régulation de la diffusion au Royaume-Uni, au Canada et en Australie
aujourdhui - lépreuve de lintérêt public en ce qui concerne
léducation, linformation, le divertissement, le contenu de qualité et une
gestion régulatrice indépendante responsable devant le Parlement, lui-même responsable
devant ceux chez qui la diffusion fait intrusion. Lingrédient manquant était la
séparation de la fonction de régulation par rapport à la fonction de diffusion au
Royaume-Uni, qui na pas eu lieu, en tout cas pour la diffusion commerciale,
jusquà la création de l Independent Television Commission en
1990.
Le manifeste délection du
parti conservateur du Royaume-Uni en 1987 comprenait des propositions pour une nouvelle
loi de diffusion afin "de permettre aux responsables de la diffusion de tirer plein
avantage des opportunités présentées par les progrès technologiques, et
délargir le choix des téléspectateurs et des auditeurs"(38).
Cependant, ce Manifeste promettait aussi quil y aurait "des dispositions
plus fortes et plus efficaces" afin de refléter les préoccupations perçues dans le
public devant la présentation de scènes violentes et sexuelles dans les programmes de
télévision et de radio captés au Royaume-Uni (39).
Le nouveau gouvernement conservateur dirigé par Margaret Thatcher
fit le premier pas pour mettre ceci en uvre, en établissant le Broadcasting
Standards Council le 16 mai 1988, avec pour tâche détablir un code de
principes quant au goût, à la décence, à la violence et aux scènes sexuelles dans des
programmes de diffusion au Royaume-Uni; de surveiller les principes des programmes dans
ces domaines, de considérer les plaintes du public et dentreprendre des recherches
dans le domaine des attitudes du public (40).
Le 7 novembre 1988, le gouvernement conservateur communiqua son
Livret Blanc, intitulé "La Diffusion dans les années 90: Concurrence, Choix et
Qualité. Les plans du gouvernement pour une législation de la diffusion". Parmi les
objectifs cités pour le nouveau régime indépendant de diffusion figuraient
lintroduction dune nouvelle cinquième chaîne nationale, et des exigences de
programmation statutaires positives qui comprenaient notamment la programmation
régionale, des informations nationales et internationales, et des programmes
dactualité de haut niveau, un service de programmation diversifié, un minimum de
25 pour cent de programmation originale de la part des producteurs indépendants et une
proportion adéquate de matériel de programmation provenant de la Communauté
Européenne. Cétait donc là les considérations clés relatives à
lintérêt public. Le changement le plus significatif dun point de vue
régulateur était la recommandation selon laquelle une nouvelle Independent
Television Commission (ITC) remplacerait lIBA pour distribuer les licences et
superviser toutes les composantes dun secteur de télévision commerciale
libéralisé. Cet organisme aurait la capacité dimposer des sanctions rigoureuses,
y compris le pouvoir de suspendre ou dannuler des licences, mais serait censé
opérer de façon plus pondérée que l IBA. Le Livret Blanc recommandait aussi que
le nouveau Conseil des principes de diffusion (Broadcasting Standards Council)
reposât sur des bases statutaires (41).
La loi résultant de tous ces points reçut laval royal le
1er novembre 1990. Les objectifs clés dintérêt public de la ITC sont énumérés
à la section s.2 (2) qui prévoit que l ITC sacquitte de ses fonctions de la
façon que lITC considère comme étant la plus susceptible de:
garantir une gamme étendue de services de diffusion
disponibles dans lensemble du Royaume-Uni.
garantir une concurrence loyale et
efficace pour la mise à disposition de ces services.
garantir la promotion de ces services qui, vus dans
leur ensemble, sont de qualité élevée et offrent une large gamme de programmes conçue
pour plaire à des audiences de goûts et dintérêts divers (42).
Des objectifs supplémentaires sont fixés pour lITC dans la section s.6, qui exigent quelle fasse son possible pour assurer que tout service sous licence soit conforme aux exigences, entre autres:
éviter doffenser le bon goût ou la décence
assurer que les informations soient présentées avec exactitude et impartialité
assurer que les documents dactualité soient présentés avec impartialité
assurer que les programmes religieux évitent les
sujets offensants pour les croyances de toute religion (43).
Lon confie à lITC la
responsabilité de développer des codes de programmes et de publicités.
Outre ses pouvoirs visant à suspendre ou annuler une licence,
lITC a le pouvoir dimposer de lourdes amendes pour des infractions aux
exigences des programmes. Le cas le plus extrême que lITC ait traité depuis 1990
eut lieu en 1998 lorsquelle imposa une amende de deux millions de livres sterling à
Central Television pour avoir diffusé un documentaire intitulé "The
Connection" qui avait été en grande partie inventé de toutes pièces (44).
Si les considérations dintérêt public de ce nouveau cadre
régulateur de la diffusion au Royaume-Uni sont résumées par les mots "concurrence,
choix et qualité", il est peut-être vrai aussi de dire que la fragmentation des
fonctions de régulation de la diffusion au Royaume-Uni doit contribuer au fait quil
est difficile et confus pour le public davoir accès à ses droits dintérêt
public dans le secteur de la diffusion, et den tirer avantage.
Au Canada, comme vous le savez
sûrement, lhistoire de la diffusion a très souvent impliqué des questions de
culture et didentité nationale. Lexcellent ouvrage du Professeur Marc Raboy
intitulé "Opportunités manquées" (Missed Opportunities) reprend
lhistoire des politiques canadiennes de diffusion depuis les années 20. La
Commission Royale Aird, à la fin des années 20, reçut de nombreuses soumissions qui
insistaient sur le fait que des considérations dintérêt public devaient guider
lorientation de la diffusion au Canada (45). La
Commission Aird précisa que la diffusion canadienne devait être un instrument
déducation "au sens le plus large, non pas seulement telle quelle était
offerte dans les écoles et les collèges, mais plutôt comme un divertissement, et aussi
comme information du public, sur des questions dintérêt national", et
présenta en conclusion le fait que pour atteindre cet objectif, il existait un besoin
"dune sorte de propriété, dopération et de contrôle publics derrière
lequel se tenaient le pouvoir et le prestige national de lensemble du public du
Territoire du Canada" (46).
Dans le débat qui suivit au Canada, feu Graham Spry était la
voix du citoyen la plus forte et la plus susceptible dêtre entendue par le biais de
la Canadian Radio League. Il était davis que la question de la
diffusion était une question de liberté: "Laissons lair rester la
prérogative des intérêts commerciaux et le sujet dun contrôle commercial, et la
façon dont la voix, le cur de la démocratie, sera libre. Le maintien, la
croissance de la liberté, le progrès, la pureté de léducation exigent que la
responsabilité de la diffusion soit subordonnée à la volonté populaire. Il ne peut y
avoir de liberté absolue, la démocratie ne peut être suprême si les intérêts
commerciaux dominent la vaste ressource majestueuse quest la diffusion" (47). Lune des questions constantes pour nous qui vivons
soixante-dix ans plus tard, est de savoir si cette vision de Graham Spry trouve encore sa
place et où nous devons la situer. Je suis convaincu quelle conserve sa place,
surtout en ce qui concerne le besoin continu davoir des diffuseurs publics
indépendants, sains, et financés correctement. Elle joue un rôle continu également en
matière dobjectifs plus larges auxquels les secteurs, tant privé que public,
devraient consacrer leur usage du bien public des ondes, voire de la capacité du câble.
Lorsque le Premier Ministre canadien R.M. Bennett fit, le 18 mai
1932, son deuxième discours sur la Radio Broadcasting Bill de 1932, issue du
débat national, il souligna le rôle national culturel, social et politique de la
diffusion pour le Canada:
Tout dabord, il faut assurer au pays le contrôle complet canadien de la diffusion provenant de sources canadiennes, libre dingérence et dinfluence étrangères. Sans un tel contrôle, la diffusion radio ne peut jamais devenir une grande agence pour la communication de questions dintérêt national et pour la diffusion de pensées et didéaux nationaux; et sans un tel contrôle, elle ne pourra jamais être le moyen par le biais duquel la conscience nationale se trouvera stimulée et maintenue, et lunité nationale encore davantage renforcée (48).
Quelle que soit lhistoire de la diffusion
canadienne au cours des trente années à venir, il ny a aucun doute que, dès le
milieu des années soixante, la question dintérêt public de la cohésion nationale
restait une caractéristique dominante de la politique de diffusion du Canada. Le Livret
Blanc de 1966 sur la diffusion déclarait: "la détermination à développer et
maintenir un système national de diffusion radio et télévision au Canada est une
composante essentielle de la recherche continue de lidentité et de lunité
culturelle du Canada" (49).
Ce Livret Blanc déboucha sur la loi Broadcasting Act
de 1968 qui établit une nouvelle autorité régulatrice statutaire indépendante, la
Commission Radio-Télévision du Canada (Canadian Radio-Television Commission - CRTC). Cet
organisme acquit, en 1976, la responsabilité des télécommunications et de la diffusion,
et devint la Commission Radio-Télévision et Télécommunications du Canada (Canadian
Radio-Telecommunications Commission). La loi de 1968 établit une série dobjectifs
parmi lesquels le fait que "le service de diffusion nationale du Canada
devrait...contribuer au développement de lunité nationale et permettre
lexpression continue de lidentité canadienne" (50).
Cela allait devenir la considération dintérêt public principale exigée du
diffuseur national, mais la loi ne donnait pas dautres conseils sur la façon dont
il devait sacquitter de ce rôle, ni même sur ce que laissait entendre le concept
dunité nationale.
Lun des domaines du conflit de la politique de diffusion
nationale après 1968 opposait la CRTC, en tant quorganisme régulateur, et la
Canadian Broadcasting Corporation, lorgane de diffusion national, quant
à savoir qui serait larbitre ou le gardien principal du sens de la disposition
dintérêt public touchant à lunité nationale.
En ce qui concernait son rôle dans linstitution du cadre de
la diffusion par câble au Canada, la CRTC était davis que son devoir nétait
pas de protéger un aspect donné du secteur de la diffusion mais de promouvoir une
stratégie économique pour lensemble du système de diffusion (51).
Quant aux dispositions touchant au service, la CRTC adopta une forte approche de
protection du consommateur, déclarant que: "les personnes qui ont une licence dans
lintérêt public ne devraient pas avoir besoin quon leur rappelle leur devoir
envers le public quils sont habilités à servir" (52).
Toutefois, la CRTC ne pouvait éviter laccusation, lancée par la FCC et
dautres responsables de la régulation de la diffusion, selon laquelle elle était
devenue la proie complaisante du secteur quelle réglementait. Lors de témoignages
au cours des auditions de la télévision câblée en juin 1975, D.R. Graham de la
Canadian Cable Television Association dit à la CRTC: "Votre
problème...est que vous devez donner lapparence extérieure de garantir au public
que ses intérêts ont été protégés, et vous naimez peut-être pas lui avouer
que nous sommes sans doute plus compétents pour effectuer cette évaluation que vous,
citoyen moyen" (53). Une Commission Royale du Gouvernement
dOntario sur la Violence dans le Secteur des Communications présenta un rapport en
1976 dans lequel elle suggérait que le système de diffusion canadien, y compris le
responsable de régulation, était insensible aux besoins du public et présenta des
propositions pour une démocratisation radicale, "afin de le rendre plus réceptif
aux spectateurs et à leurs vrais impératifs sociaux"(54).
Si lun des rôles dintérêt public principaux de
lensemble de la diffusion au Canada était la question de lidentité
culturelle canadienne et de la cohésion nationale, alors la révision de la Politique
Culturelle Fédérale de Applebaum-Hébert en 1982 souligna que la CRTC avait des
difficultés à remplir ce rôle dans ce domaine.
Ce rapport "considéra que loutil principal de la CRTC
pour la mise en oeuvre dobjectifs culturels, exigence de contenu canadien,
navait pas fonctionné. La CRTC...avait hésité à utiliser ses pouvoirs pour
établir et mettre en vigueur des réglementations vigoureuses à cause de leur impact
potentiel sur la viabilité économique des diffuseurs privés. Le conflit inhérent
ici, comme dans de nombreux autres domaines de politique culturelle, oppose une stratégie
industrielle à une stratégie culturelle, et ici encore, la stratégie industrielle
semblait avoir le dessus" (55). Le rapport recommandait
"que la régulation de la diffusion au Canada restât exclusivement entre les mains
dun organe fédéral unique, la CRTC qui devait continuer à accorder des
licences à des entreprises de diffusion ayant une portée provinciale et
municipale. Mais le rapport considérait aussi la CRTC comme dernier défenseur de
lintérêt public dans la diffusion "et recommandait que pour laider à
mieux comprendre la conception publique de lintérêt public, la CRTC devait
établir des comités consultatifs dans chaque province "pour aider à évaluer la
performance de ceux qui avaient reçu des licences et pour fournir des conseils et des
réactions dun point de vue local sur toutes les activités de diffusion" (56).
Ces commentaires illustrent pour moi un dilemme continu dans la
lutte qui doit procurer un rôle dintérêt public efficace aux responsables de la
régulation de la diffusion. Je pourrais ajouter ici que je considère que des voix
dintérêt public puissantes sont nécessaires pour représenter différentes
questions au responsable de la régulation de la diffusion comme composante du processus
de prise de décision.
La loi Broadcasting Act de 1991 au Canada établit
clairement les objectifs dintérêt public dans son énoncé à la section s.3 de sa
"Broadcasting Policy for Canada", en précisant, entre autres:
la propriété canadienne et le contrôle canadien des
systèmes de diffusion canadiens.
lusage
de fréquences de diffusion qui sont propriété publique et fournissent par leur
programmation un service public essentiel au maintien et à la mise en valeur de
lidentité nationale et de la souveraineté culturelle.
lusage de la diffusion canadienne pour protéger, enrichir et renforcer le tissu
culturel, social et économique du Canada (57).
La loi de 1991 stipule à la section s.5 que cest la
Commission Radio-Télévision et Télécommunications qui doit réglementer le système de
diffusion canadien de façon souple et qui:
soit
facilement adaptable aux différentes caractéristiques de la diffusion en anglais et en
français
tienne compte des besoins et préoccupations régionales
soit
facilement adaptable aux changements scientifiques et technologiques
facilite lapport de la diffusion aux Canadiens
facilite lapport de programmes canadiens aux Canadiens
nentrave pas le développement des technologies de linformation ni leur
application ou la fourniture, aux Canadiens, des services qui en découlent
soit
sensible au fardeau administratif qui, en tant que conséquence dune telle
régulation et supervision, pourrait être imposé à ceux qui dirigent des entreprises de
diffusion (58).
Les objectifs dintérêt public de la législation, tant en terme de politique de diffusion densemble quen terme de conduite du responsable de régulation, sont ainsi clairement définis plutôt que dêtre simplement mentionnés comme une vague référence à "lintérêt public".
6 Nouvelles options de régulation pour les communications
Au cours des années 80 lapproche traditionnelle de la
régulation de la diffusion dans certains pays a été révisée, avec souvent le choix de
permettre aux secteurs de diffusion maintenant bien établis, de jouer un rôle dans la
régulation de leurs propres secteurs. Le premier développement dimportance de
cette sorte dans la régulation de la diffusion canadienne fut sans doute la
restructuration de 1986 à 1987 par la CRTC du cadre régulateur, afin de permettre des
mesures significatives dauto-régulation que la CRTC elle-même décrivait comme
étant "la reconnaissance par le secteur de ses responsabilités envers le public
canadien" (59). Je devrais préciser ici que ce type
dauto-régulation est peut-être plus exactement décrit comme
co-régulation, étant donné que le régime auto-régulateur sinsère
dans un cadre de surveillance régulateur, mis en place législativement. Si le système
dauto-régulation échoue, il existe alors une possibilité immédiate
dintervention de la part du régulateur, afin de garantir la protection des
objectifs dintérêt public densemble.
La trajectoire australienne en ce sens est traitée dans la partie
suivante de ma présentation. Le fait de reconnaître lauto et la co-régulation fut
une excellente méthode pour traiter avec les secteurs des communications, ce qui fut
reconnu par Marcelino Oreja, Membre de la Commission Européenne, lors du colloque sur
lauto-régulation de Saarbrücken le 20 avril 1999.
M. Oreja présenta des arguments judicieux, et selon moi corrects,
pour une régulation continue des médias, notamment la diffusion et Internet, et pour que
lauto-régulation ou la co-régulation trouve sa place dans ce paysage régulateur
qui cherche à traiter la capacité de richesse des chaînes dans lère numérique
de la mondialisation:
Le fait est que nous ne savons pas à quoi vont ressembler les marchés des médias de lavenir. Lavenir nest pas déterminé uniquement par la technologie, mais par toute une gamme de facteurs culturels, sociaux et économiques. Nous devons donc procéder par étape vers lavenir, en adaptant nos outils régulateurs, pour tenir compte des nouveaux développements et des changements dans le paysage des médias, au fur et à mesure quils surviennent.
Il devient de plus en plus clair que les mécanismes dauto-régulation jouent et doivent jouer un rôle important à ce titre. Cest un principe important par rapport à la question de savoir "qui" est responsable, car cela implique une participation accrue du secteur lui-même et un degré moindre dintervention publique.
De fait, cest pour cela que linitiative daujourdhui du Président allemand est si opportune et si bien accueillie, et cest pourquoi la Commission la soutient.
Je sais que lun des objectifs du président, lorsquil a entamé cet exercice, était déclaircir le concept dauto-régulation. Si vous le permettez, je souhaiterais donc proposer ma modeste contribution à cet égard.
Tout dabord je voudrais exposer clairement ce que pour moi lauto-régulation nest pas.
Lauto-régulation nest pas simplement labsence de régulation. Il ne faut pas non plus la concevoir - ce qui est parfois le cas - comme un objectif en soi, comme quelque chose de fondamentalement supérieur et donc de plus souhaitable que la régulation ou que la législation.Pour moi, lauto-régulation est simplement un moyen pour arriver à une fin, un moyen parmi plusieurs dont nous disposons.
A ce titre, une autre possibilité, qui nest nullement exclue, touche au besoin pour les organismes régulateurs du secteur audiovisuel dêtre indépendants du pouvoir politique. Ils doivent faire partie de la réponse à la question "qui" pré-citée.
Je suis convaincu que lune des tâches premières des organismes régulateurs actuels est de garantir le pluralisme dans la diffusion et dassurer la conformité aux règles sur le contenu de la part de tous les organismes ayant recours à laudiovisuel.
Il est clair que ce quon a appelé "auto-régulation" peut fournir un supplément souple et évolutif à la régulation de base. Lexpérience allemande nous donne encore une fois un exemple précieux avec les conseils de télévision, dont les membres sont issus de tous les groupes de la société allemande. Mais revenons maintenant à la question de lauto-régulation.
Au sens large du terme, je dirais quil existe deux types principaux dauto-régulation:
Premièrement, il y a lauto-régulation où les opérateurs et autres intéressés dun secteur se mettent daccord entre eux sur des règles de comportement données. Ceci est habituellement réalisé sur la base de codes de conduite. Lobjectif essentiel dune telle action est souvent déviter le besoin davoir recours à la régulation du gouvernement. Un exemple de ce type dauto-régulation est le Code de Presse du Royaume-Uni. Ici, le "qui" est surtout le secteur lui-même et le public (qui peut avoir recours à un mécanisme de plainte).
Deuxièmement, il y a lauto-régulation qui sinsère dans un cadre juridique, ou dont les bases sont établies par la loi. Lors de la conférence audiovisuelle de Birmingham, on la décrite comme étant une "auto-régulation régulée". Dans ce cas, les autorités publiques établissent généralement une série dobjectifs à atteindre - et peut-être aussi des règles de conduite générales - mais ce sont les opérateurs et les autres intéressés qui établissent, mettent en oeuvre et parfois surveillent le respect des règles plus détaillées par le biais desquelles ces objectifs sont atteints. Parfois, le cadre juridique comprend des actions de soutien de la part des autorités publiques au cas où lauto-régulation échouerait. Un exemple de cette approche est la "loi multimédias" allemande et notamment les dispositions visant à la protection de la jeunesse. Le "qui" ici est un partenariat entre les autorités publiques et le secteur, quon appelle parfois co-régulation.
Il faut souligner toutefois que les deux types dauto-régulation ont des liens avec un type de régulation (60).
La gamme doptions régulatrices pour le secteur des communications sétend de aucune régulation, en passant par lauto-régulation du secteur, jusquà la co-régulation où la fonction de régulation est partagée entre un régulateur et des associations du secteur qui, ensemble, viennent compléter la réglementation autoritaire du gouvernement. Cest ce modèle co-régulateur que lAustralie et le Canada recherchent, et je vais maintenant explorer lapproche australienne dans ce domaine.
7 De la non-régulation à la co-régulation - la
régulation de la diffusion australienne 1993-2000
7.1 Historique de la régulation de la diffusion australienne jusquen 1992
La diffusion en Australie est régie par la section s.51 (v) de la
Constitution australienne qui donne le pouvoir au gouvernement du Commonwealth de
promulguer des lois liées aux "services postaux, télégraphiques, téléphoniques
et autres services similaires". Le Tribunal de grande instance dAustralie dans
le procès Jones v. Commonwealth (1966) 112 CLR 206 à 226 se prononça de la façon
suivante:
Le pouvoir en fonction de la section s.51(v) ne se limite pas à prévoir linstitution, la maintenance ou lopération de services télégraphiques, téléphoniques ou autres services, mais touche au choix des personnes qui peuvent utiliser ces services, que ce soit pour envoyer ou pour recevoir des communications, les conditions, dans lesquelles ces personnes peuvent en faire usage, et également tous les aspects de lusage et des avantages que ces personnes peuvent en tirer.
La diffusion en Australie débuta officiellement le 23 novembre 1923. En 1932 la loi Australian Broadcasting Commission Act fut votée, et établit le système de diffusion national comme étant une opération de propriété publique appelée la Australian Broadcasting Commission, en sus du secteur radio commercial. En 1942, le comité paritaire parlementaire sur la diffusion TSF (le comité Gibson) exprima le besoin pour la diffusion de garantir que sa puissante influence soit utilisée pour le bien de la société. Le comité était davis quil était nécessaire dappliquer une régulation "pour avoir au moins un élément de contrôle public de programmes dans lintérêt général de la communauté, non pas uniquement pour éviter que le service ne soit employé pour des objectifs impropres, mais pour garantir quil exerce une influence positive une fois pour toute sur la personnalité individuelle et nationale" (61).
A la suite du rapport Gibson, en 1942, la loi Australian Broadcasting Act fut votée, mais en 1948 elle fut amendée pour permettre la mise en place de l Australian Broadcasting Control Board (ABCB) qui reprit les les fonctions de régulation du Département du Chef des Postes en matière de diffusion commerciale (62).
Le rôle du nouveau conseil était, entre autres:
de
garantir que la fourniture de stations de radio, télévision et facsimiles soit conforme
aux plans approuvés par le chef des postes (Postmaster-General).
de
garantir que les normes, procédures et équipement techniques soient adéquats.
de
garantir des programmes appropriés et détaillés
de
garantir que les programmes politiques soient fournis de "manière équitable".
de
présenter des recommandations au Ministre des Communications en ce qui concerne les
licences de stations de radio commerciale et (plus tard) de télévision.
La Commission Royale de 1954 sur la Télévision en Australie trancha en déclarant qu en ce qui concernait la présentation de bon goût par le biais de principes de programme positifs, ces dispositions régulatrices étaient nécessaires, "afin de permettre, non seulement divertissement et plaisir aux spectateurs, mais aussi éducation...et enrichissement intellectuel. Lemploi de ce nouveau moyen de communication doit, à notre avis, être considéré par les stations commerciales aussi bien que nationales comme un cartel publicitaire public devant bénéficier à tous les membres de la société" (63).
En 1956, la loi de 1942 fut amendée et devint
la Broadcasting and Television Act qui permit à la ABCB dappliquer à
la télévision commerciale les mêmes systèmes de licences que pour la radio
commerciale, avec cette modification cependant, quil y aurait désormais une
enquête publique menée par le Conseil dAdministration avant daccorder, de
renouveler ou dannuler toute licence. Des dispositions furent également introduites
qui renforçaient de façon précise le rôle de la ABCB, telles que:
prendre des décisions relatives au contenu australien qui devait être compris dans la
programmation commerciale.
gérer les nouvelles limitations relatives à la propriété et au contrôle des stations
de télévision dans les grandes villes australiennes: la règle des "deux
stations".
superviser les nouvelles règles relatives à la propriété étrangère.
Les amendements de 1956 retiraient le
responsable de diffusion nationale, la ABC, de la supervision de la ABCB pour ce qui
était du contenu des programmes. Certaines faiblesses estimées par la ABCB quant à ces
pouvoirs relatifs au contenu australien débouchèrent sur le comité du sénat de 1963 et
sur lencouragement de la production australienne pour la télévision, dirigé par
le Sénateur J.G. Vincent qui recommanda que la loi dite Broadcasting and Television
Act soit amendée afin de clarifier les pouvoirs de programmation de la ABCB
relatifs au contenu australien (64).
En 1976 le gouvernement du Commonwealth décida dabolir la
ABCB et de la remplacer, dès le 1er janvier 1977, par l Australian
Broadcasting Tribunal (ABT). L ABT devint un organisme statutaire indépendant
avec un pouvoir juridiquement indépendant quant aux questions de licences, de propriété
et de contrôle. Les licences étaient habituellement renouvelées pour des périodes de
trois ans après quune enquête publique de l ABT ait eu lieu pour étudier la
question.
Lune des premières tâches de l ABT fut
lorganisation dune enquête pour déterminer si les diffuseurs commerciaux
pouvaient sauto-réguler dans certains domaines. Cette enquête sur
lauto-régulation parvint à la conclusion que lon ne pouvait attendre des
responsables de diffusion quils sauto-régulassent immédiatement dans des
domaines comme les programmes pour enfants, le contenu australien et la publicité,
lorsque les intérêts commerciaux des responsables de diffusion étaient en conflit
significatif avec lintérêt public. Dautres domaines relatifs au contenu
furent considérés comme prêts à être régulés par le biais des codes du secteur. Cet
élément dauto-régulation ne fut pas appliqué sur le moment, au lieu de quoi,
l ABT entreprit la révision de toutes les règles de contenu existantes. Cependant,
la conclusion la plus importante de lenquête sur lauto-régulation, qui
était que les diffuseurs devaient être davantage responsabilisés par rapport au public,
fut mise en oeuvre. L ABT mit laccent sur le besoin dévaluer la
performance des stations et sur les audiences de renouvellement des licences par rapport
aux besoins de la communauté. Non seulement les diffuseurs devaient-ils devenir plus
responsables et plus réceptifs devant les intérêts du public, avec laccent placé
sur des audiences publiques, mais l ABT souligna en outre longuement la question des
processus publics pour la performance de ses fonctions, y compris le développement de
nouveaux principes de programmes. Dans les années 90, ces principes allaient former la
base des codes du secteur, couvrant des domaines comme le bon goût, la décence,
lexactitude et léquitabilité dans les informations et les documents
dactualité.
Ces principes, qui ont eu une influence décisive sur la télévision australienne
depuis lors, étaient les suivants:
principe de contenu australien dans les programmes - 1990
principe de télévision pour enfants - 1984.
principe de contenu australien pour la publicité - 1992.
Ces règles, qui couvrent certains des domaines
les plus controversés de la régulation de la diffusion, sont restées les mêmes que
celles qui avaient été stipulées à lorigine par l ABA. Elles sont
considérées comme étant responsables du caractère australien, de la télévision
australienne et de la vigueur du secteur de production de télévision locale, y compris
la télévision pour enfants. En fait, lAustralie est devenue un modèle en matière
de réglementation de la télévision pour enfants, afin datteindre lobjectif
dintérêt public dans ce domaine.
Bien que les diverses clauses discrétionnaires de la loi
Broadcasting and Television Act de 1942, telle quamendée
ultérieurement, ne se soient pas toujours référées au rôle de la régulation de la
diffusion pour la protection de lintérêt public, lABT chercha lui-même à
faire référence à lintérêt public dans lexercice de ses devoirs et
pouvoirs. Dans le procès de R v. Australian Broadcasting Tribunal; ex parte
2HD 144 CLR 1979-1980 45, le Tribunal de Grande Instance australien soutint une décision
prise par lABT, selon laquelle il refusait de consentir au transfert dune
licence de diffusion en invoquant pour motif le fait que le transfert serait contraire aux
"intérêts du public" dans la région de Newcastle, même si la disposition en
question de cette loi ne faisait pas référence à lintérêt public. Le Tribunal
de Grande Instance trancha de la façon suivante:
Lorsque lobjectif du statut est de promouvoir et de protéger lintérêt public (en ce qui concerne la diffusion), la discrétion statutaire (du régulateur), si elle nest pas limitée de façon pertinente, doit être comprise comme permettant au tribunal de protéger le public contre la possibilité de préjudice ou de détriment. Le tribunal se préoccupait à juste titre de la possibilité de linfluence qui pourrait émaner dune concentration de propriété quelle avait relevée comme étant pertinente à lintérêt public (54).
Ce dossier souligna le pouvoir dont disposait lABT de tenir compte des considérations dintérêt public, même lorsque la loi directrice ne référait pas directement à ces considérations. Mais il mit aussi laccent sur la nécessité, pour la législation australienne, dénoncer plus clairement le genre de questions qui devaient guider le tribunal dans sa réflexion sur des questions dintérêt public. Au fil des années 80, le tribunal lui-même senlisa dans la controverse qui faisait rage sur le renouvellement incessant daudiences sur des questions de licences, ce qui attira une attention presque obsessionnelle de la part des médias, et qui favorisa la notion selon laquelle lABT était focalisé sur les litiges. Le cadre régulateur interventionniste et normatif subit une pression croissante pour procéder à une réforme, avec la montée de nouveaux mots dordre de dé-régulation et de politique de concurrence. Dès le début des années 90, le secteur et le gouvernement voulaient trouver une nouvelle orientation pour la régulation de la diffusion, qui serait dotée de directives dintérêt public plus claires pour le régulateur et pour le secteur. Avec la possibilité de nombreux services nouveaux, qui résultent dans une certaine mesure de progrès technologiques et de pressions pour une plus grande concurrence sur le marché, lépoque dune plus grande auto-gestion du secteur était arrivée.
7.2 Co-régulation de la diffusion - La nouvelle approche australienne
La loi Broadcasting Services Act de 1992 et mise en place de la
Australian Broadcasting Authority
En 1991, le Ministre des Communications
Australien annonça une révision des réglements de la diffusion en Australie afin de
considérer quelle serait la meilleure façon de se détacher du régime régulateur
autoritaire administré par l ABT.
Lédition du document de réforme de la diffusion de janvier
1993, intitulé une approche nouvelle de la régulation, donne une vue
densemble des objectifs de réforme du gouvernement dalors.
La révision de la régulation de la diffusion, annoncée
comme partie intégrante du programme de réforme micro-économique du gouvernement de
1987, atteignit son apogée avec la proclamation de la loi Broadcasting Services
Act du 5 octobre 1992. Cette révision fut provoquée par des inquiétudes
répandues sur la complexité et linefficacité de la loi de 1942, notamment sa
capacité à gérer les technologies et services en émergence. Conformément aux
objectifs de réforme plus larges du gouvernement, la révision avait pour but de:
développer une législation de la diffusion pour servir lAustralie au cours du
siècle à venir, et servir de complément aux réformes marquantes des
télécommunications;
se
détacher de lapproche étroitement normative de la loi de diffusion de 1942;
présenter un cadre susceptible daccueillir lavenir et dassurer la
promotion dun secteur qui puisse sadapter aux nouvelles réalités
commerciales et technologiques;
émettre des dispositions régulatrices qui soient cohérentes et prévisibles et qui
nentravent pas les activités commerciales sans raison;
offrir des opportunités de consultation du public par le biais de processus de prise de
décision qui soient transparents et responsables; et
fournir un cadre régulateur qui soit, le plus possible, cohérent avec la législation
commerciale dans son ensemble.
La loi Broadcasting Services Act de
1992 remplaça la loi Broadcasting Act de 1942, vieille de cinquante ans,
caractérisée par une tendance aux litiges, et par trop amendée. La loi
Broadcasting Services Act de 1992 mit en place un nouvel organisme de
régulation, l Australian Broadcasting Authority, (ABA) qui remplaçait
l Australian Broadcasting Tribunal si critiqué, en tant
quorganisme responsable de la gestion du nouveau régime régulateur pour le secteur
australien de la diffusion radio et télévision. Je suis convaincu que la loi
Broadcasting Services Act de 1992 a, dans une large mesure atteint le double
objectif de souplesse et de certitude, et a établi un cadre efficace de travail pour que
le secteur australien de la diffusion progresse et se développe.
Lorsquil proposa un nouveau régime de diffusion en 1992, le
gouvernement australien de lépoque avait clairement lintention que la loi
établisse un cadre régulateur approprié pour le secteur de la diffusion, qui continue
à servir lAustralie au début du vingt-et-unième siècle.
Le Sénateur Collins, Ministre des Communications, au cours de la
lecture de son deuxième discours en juin 1992, souligna les objectifs principaux de ce
régime régulateur:
La version finale de la loi opère un équilibre entre les aspirations diverses et souvent conflictuelles de ceux qui sintéressent au secteur de la diffusion et développe un cadre régulateur servant lintérêt public sous toutes ses formes - sociale, culturelle, économique - tout en répondant aux besoins dun secteur changeant et croissant.
Nous avons besoin dune nouvelle législation, susceptible de permettre au secteur de la diffusion de réagir tant aux complexités du marché moderne quaux opportunités créées par les développements technologiques.
Lintention qui sous-tend le cadre tout entier touche au fait que différents niveaux de contrôle régulateurs sappliquent à toute la gamme des services de diffusion en fonction du niveau dinfluence que ces services sont susceptibles dexercer.
La loi incorpore des directives de politiques et des objectifs. Elle établit les catégories des services, les décrit en fonction de leur nature plutôt quen fonction des moyens techniques de réception...Elle permet les points suivants: des types nouveaux de services et un accès public aux processus de régulation plus large; la continuité des devoirs des responsables de diffusion pour ce qui est des normes de programmes; et la garantie que les objectifs du Parlement sur la diversité de la propriété soient effectivement réalisés. Elle permet une responsabilisation beaucoup plus importante, tout en maintenant une composante dindépendance statutaire pour lorganisme de régulation.
La caractéristique qui sous-tend le cadre
régulateur est son approche "légère" et "co-régulatrice" de la
régulation. Comme le Sénateur Collins la expliqué, cétait lintention
claire du gouvernement australien que différents niveaux de contrôle régulateur
sappliquassent à toute la gamme des services de diffusion selon le niveau
dinfluence que ces services pouvaient exercer. La loi de 1992 chercha à mettre ce
concept en uvre, non pas en définissant les services par leur moyens de réception,
mais par leur nature; par exemple la diffusion télévision commerciale, la diffusion
radio communautaire ou la diffusion à bande étroite sur la base dabonnements.
De cette façon, la loi de 1992 visait à faciliter
lémergence de nouveaux types de services, ainsi quun plus grand nombre de
services; de garantir un accès plus large du public aux processus de régulation; de
maintenir la continuité des devoirs des responsables de diffusion commerciaux par rapport
au contenu australien, et aux principes sappliquant à la télévision pour enfants;
et de garantir que soient effectivement mis en uvre les objectifs du Parlement sur
la diversité de la propriété.
Le gouvernement australien de lépoque était
particulièrement désireux de voir la régulation de la diffusion se détacher dun
régime prédisposé aux litiges et administré par l Australian Broadcasting
Tribunal, pour quelle se rapprochât dun schéma de régulation plus
coopératif et réciproquement responsable, mû par les forces du marché, où lun
des rôles clés du responsable de la régulation était de garantir que lon
répondît aux intérêts de la communauté dans des domaines où le marché ne le ferait
peut-être pas.
Le gouvernement australien avait à lesprit un certain
nombre de résultats clairs au niveau de lintérêt public et du secteur quil
voulait atteindre dans le domaine de la diffusion. Ceux-ci sont énumérés dans les
objectifs de la loi Broadcasting Services Act de 1992. Cependant, le
gouvernement reconnaissait quil y aurait des tensions inhérentes entre les
différents objectifs. Le gouvernement était davis que, plutôt que dessayer
de résoudre ces tensions dans le cadre de la loi de 1992, il laisserait ce soin au nouvel
organisme de régulation, lAustralian Broadcasting Authority, qui
étudierait ces questions au cas par cas.
Objectifs clairs dintérêt public
Lun des grands succès de la loi Broadcasting Services
Act de 1992, qui je pense, a résisté au passage du temps, touche aux objectifs qui
sont précisés dans la section 3. Ceux-ci esquissent les objectifs dintérêt
public clés pour la réglementation de la diffusion en Australie à partir de 1992. Cela
vaut la peine, je pense, dénumérer ces objectifs dans le détail car ils
sous-tendent lensemble du processus de prise de décision de l
Australian Broadcasting Authority. Il sagit de:
promouvoir la disponibilité dune gamme
étendue de services radio et télévision offrant divertissement, éducation et
information aux auditeurs/spectateurs de toute lAustralie;
fournir un cadre régulateur susceptible de faciliter le développement dun secteur
de diffusion en Australie qui soit efficace, concurrentiel et qui réponde aux besoins des
auditeurs/spectateurs;
encourager la diversité quant au contrôle des services de diffusion ayant le plus
dinfluence;
garantir que les Australiens aient le contrôle effectif des services de diffusion ayant
le plus dinfluence;
promouvoir le rôle des services de diffusion dans le développement et le reflet d
un sentiment didentité, de personnalité et de diversité culturelle australiennes;
promouvoir une programmation de haut niveau et innovatrice par les fournisseurs de
services de diffusion;
encourager les fournisseurs de services de diffusion commerciaux et communautaires à
répondre au besoin dune couverture équitable et exacte de questions
dintérêt public et dune couverture appropriée de questions
dimportance locale;
encourager les fournisseurs de services de diffusion à respecter les principes de la
communauté dans la fourniture de matériel de programme;
encourager les moyens de traitement des plaintes sur les services de diffusion;
encourager les fournisseurs de services de diffusion à placer une vive priorité sur la
protection des enfants devant une exposition à un matériel de programme qui puisse leur
être néfaste.
Lon peut percevoir dans ces objectifs des
similitudes qui ont fait surface à plusieurs reprises dans la politique de régulation de
la diffusion au Royaume-Uni, au Canada et en Australie depuis les années 20.
L Australian Broadcasting Authority a attaché
une attention particulière à ces objectifs dans les processus de planification de
licences et dans les processus de principes pour le contenu australien et la télévision
pour enfants. L ABA a trouvé ces objectifs extrêmement précieux, et ils méritent
de continuer à exister quelle que soit lorientation future de la régulation de la
diffusion et de celle des services en-ligne en Australie.
Mesurer lintérêt public - Consultation du public et recherche
Comme je lai mentionné plus tôt, il est clairement souhaitable
quun régulateur qui désire atteindre lintérêt public, entame un dialogue
avec le public pour tenter de dégager son point de vue sur diverses questions que la
régulation traite. Le moyen principal pour ce faire est le processus ouvert de
consultation du public. Lun des succès majeurs, tant de la loi Broadcasting
Services Act de 1992 que de l ABA, a été de prévoir et dorganiser une
consultation poussée du public et du secteur sur une gamme étendue de sujets. La section
27 de la loi Broadcasting Services Act de 1992 prévoit que, lorsquelle
accomplit ses fonctions de planification du spectre, lABA permette une consultation
étendue du public. Il est inhérent à ces dispositions que toute variation de priorités
ou de plans doit également impliquer une consultation étendue du public (ss.24 (2), 25
(2), 26 (2) et 27 (1)).
Les dispositions qui figurent à la section s.123, concernant le
développement de codes dusage du secteur, font aussi référence au besoin de tenir
compte des principes et préoccupations de la communauté sur un éventail de questions
(s.123 (2) (a), (c), (l)). Lors du développement des codes dusage relatifs à
certaines questions, il est important de noter que les attitudes de la communauté doivent
être prises en compte pour tout un éventail de questions (s.123 (3)). L ABA ne
peut enregistrer des codes dusages du secteur que si elle est assurée, entre
autres, que le code soit soutenu par une majorité des responsables de diffusion dans ce
secteur (s.123 (4) (b) (ii)), et que lon ait donné aux membres du public
lopportunité de soumettre des commentaires sur le projet de code (s. 123 (4) (b)
(iii)). L ABA doit (s. 126), avant dapprouver, de modifier ou de révoquer de
tels principes ayant trait au contenu australien et à la télévision pour enfants (s.
122), rechercher les commentaires du public sur le principe proposé, ou toute
modification ou révocation dudit principe. Lorsque lABA sinforme sur toute
question pertinente à ses fonctions, elle peut (s. 168 (l)):
a) consulter les personnes, les organismes ou les groupes quelle juge utiles,
et peut former des comités consultatifs à cet effet;
b) diriger des enquêtes et organiser des audiences; et
c) sinformer par dautres moyens, de quelque manière quelle juge
appropriée.
Lorsque l ABA publie un rapport, elle
doit (s. 180) donner aux personnes pour lesquelles ledit rapport présente un caractère
hostile, loccasion de présenter un commentaire sur ce rapport avant quil ne
soit publié.
Toute audience organisée par lABA doit avoir lieu en public
sauf en cas de circonstances exceptionnelles exigeant que soit préservée la
confidentialité (s. 187). Linstruction claire de la loi Broadcasting Services
Act de 1992 à la Australian Broadcasting Authority par le biais de ces
dispositions était dêtre ouverte au public et de le consulter autant que possible.
La consultation est la clé du style dorganisation et
dopération de l ABA. Ceci, toutefois, représente un coût en terme de
temps consacré au processus et en terme de ressources utilisées. Cependant, il me semble
que les résultats obtenus soutiennent leffort ainsi consenti puisque la réaction
aux décisions de lABA, lors de ses divers processus de rapport, a été largement
favorable.
Codes du secteur
Lun des grands succès de la loi Broadcasting Services
Act de 1992 fut le développement dune approche co-régulatrice des divers
segments du secteur par le biais de lexigence de développement et
dadministration des codes dusage du secteur.
Cétait lintention première de ceux qui ont rédigé
la loi Broadcasting Services Act de 1992, de placer le secteur de la diffusion
sur une plate-forme entièrement auto-régulée ; mais à la suite de consultations
avec le public, un mode de co-régulation, qui remporta un vif succès, fut incorporé à
la loi BSA de 1992. Le rôle de la consultation qui fait officiellement partie
de la législation a contribué de façon significative au succès du modèle et garantit
que les codes sont responsables et répondent aux besoins et attentes de la communauté.
Le modèle de la loi BSA de 1992 exige que le secteur
sauto-régule segment par segment mais reconnaît aussi le besoin dune gestion
du processus par un organisme régulateur du gouvernment, à savoir l ABA, qui doit
approuver les codes du secteur et qui est responsable de garantir que les titulaires
dune licence et les organismes du secteur répondent aux préoccupations du public.
Cela signifiait que l ABA et le secteur ont dû développer une relation de travail
qui fonctionnât dans la pratique et qui fût réciproquement bénéfique. Comme dans
toute relation saine, de temps à autre, lABA a des différends avec le secteur et
les détenteurs denjeux sectoriels mais, dans lensemble, un meilleur climat de
confiance et de compréhension mutuelle a été élaboré.
Parmi les caractéristiques clés dune telle approche, on
note:
une
consultation entre lABA et les détenteurs denjeux du secteur concernés au
début du processus;
lapport de directives faisant suite à la loi BSA de 1992 sur la base
desquelles lindustrie peut développer des schémas dauto-régulation
appropriés;
la
demande par lABA de recherche sur les principes de la communauté afin de garantir
que l ABA soit consciente des préoccupations actuelles de la communauté;
loffre dopportunités au public et au secteur au sens large dapporter
leurs commentaires dans le cadre de processus officiels tels que des enquêtes sur les
normes de télévision et avant lenregistrement des codes;
la
publication de directives de l ABA sur les processus de prise de décision;
des
opportunités de recueillir les réactions du secteur et du public sur les décisions
prises par l ABA; et
une
formulation claire par lABA des raisons qui ont guidé ses décisions.
Lexistence du modèle coopératif de
régulation a débouché sur des relations très positives entre lABA et le secteur.
Un exemple de lavantage que lon peut tirer dune approche plus
coopérative et moins agressive réside en le développement dun régime de
conformité volontaire, avec le fait que lidée de la licence soit une condition des
dépenses engagées par les chaînes payantes (pay TV) de séries dramatiques pour les
nouveaux programmes de drames australiens. (Broadcasting Services Act s. 102 &
s. 215 (2)).
Or, là où la législation navait pas anticipé la façon
dont se développerait le secteur des chaînes payantes, lexigence pour des niveaux
de dépenses obligatoires pour des nouvelles séries dramatiques australiennes na pu
être être appliquée. Lenvironnement dans lequel l ABA et les opérateurs
des chaînes payantes se sont consultés, cependant, a permis une mise en conformité
volontaire du secteur avec la loi BSA de 1992.
Ceci représente un succès notoire tant pour le secteur que pour
l ABA. La mise en conformité volontaire ne sest pas contentée de se
produire: elle reflète également lapproche de consultation employée à la fois
par l ABA et par le secteur pour répondre à des questions qui touchent aux codes,
aux normes et aux conditions.
Évidemment, daucuns pensent que tout ceci a mené à des
relations trop rapprochées entre l ABA et le secteur. Je comprends ce point de vue,
mais ne le partage pas. Il est dans lintérêt du public que l ABA puisse
travailler avec le secteur pour obtenir des résultats positifs dans la diffusion afin de
permettre déviter des confrontations et litiges superflus, et de garantir que les
objectif